Sacem et musiques traditionnelles
Par Le Nouveau Pavillon, vendredi 22 mai 2009 à 11:30
Le lundi 9 mars 2009 à Nantes, a eu lieu une rencontre débat sur le thème « Sacem et musiques traditionnelles » co-organisée par la délégation régionale de la Sacem, le Nouveau Pavillon – Scène de musiques traditionnelles et Trempolino (centre de ressources et de formation des musiques actuelles en région nantaise), en partenariat avec Dastum 44 et l'agence culturelle bretonne.
Cette soirée a réuni une soixante de personnes : artistes professionnels, musiciens amateurs, organisateurs de concerts ou de fest-noz, passionnés de musiques et de danses traditionnelles.
Animée par Sylvain Girault, chanteur et directeur du Nouveau Pavillon, la soirée s'est déroulé sous la forme de questions-réponses entre le public et les membres de la Sacem : Thibaud Fouet, responsable de la vérification des répartitions au niveau national, Eric Bourson, Directeur régional Ouest, et enfin Patrick Avril, Délégué Régional de la Sacem à Nantes. Dans une ambiance très conviviale et dépourvue de toute tension, les questions ont été posées sans concession et ont toutes eu une réponse, même si certaines n'ont parfois pas satisfaites leurs auteurs.
Deux types de problèmes ont été soulevés : ceux des organisateurs et ceux des artistes. Du côté des organisateurs, on a posé l'éternelle question des droits anonymes reversés aux ayants-droits les plus fortunés. On s'est demandé pourquoi, lorsqu'un programme de bals ou de concerts était entièrement et exclusivement lié à du répertoire traditionnel, c'est-à-dire relevant du domaine public et sans aucune composition récente, cela génèrait-il des droits sacem à payer ? On a demandé aux membres de la Sacem si ce forfait perçu était bien reversé aux interprètes de ces musiques ? En musiques traditionnelles, la plupart des organisateurs sont militants : ils se demandent quel intérêt ils ont à « payer la Sacem ». Ils voudraient qu'on leur démontre que cet argent va bien au développement des musiques traditionnelles et de leurs artistes ? D'autres enfin ne comprennent pas pourquoi un artiste sociétaire de la Sacem ne pourrait pas ponctuellement renoncer à ses droits Sacem et ainsi permettre à l'organisateur de ne pas payer de redevance.
De gauche à droite : Thibaud Fouet, responsable de la vérification des répartitions au niveau national, Vincent Priou, directeur de Tremolino, Eric Bourson, Directeur régional Ouest, Stevan Vincendeau, Sylvain Girault et Patrick Avril, Délégué Régional de la Sacem à Nantes.
Du côté des artistes, on a pu aborder la mauvaise conscience de certains musiciens traditionnels à déposer leurs arrangements sur une musique populaire pré-existante, ou même leurs propres compositions alors qu'ils se situent dans un héritage, un partage et non une appropriation personnelle. « Quel est l'intérêt pour un musicien amateur ou professionnel de déposer ses oeuvres ? », a-t-on pu entendre. « Le rapport entre l'investissement, le travail que cela exige pour déposer et ce que cela rapporte, incite-t-il à déposer ou même s'inscrire à la Sacem » ? De même, l'on a pu évoquer le dépôt des arrangements exigé sous la forme de partitions par la Sacem : n'est-il pas antinomique avec nos fonctionnements fortement liés à l'oralité ? Et parmi les artistes présents à cette soirée, d'aucuns se sont demandé pourquoi bon nombre de morceaux déposés et correctement inscrits sur les feuilles sacem à l'issue de spectacles, n'apparaissaient-ils pas sur les relevés de comptes annuels et ne génèraient-ils aucun droit pour eux ? D'autres ont précisé que leurs oeuvres étaient largement diffusées sur le réseau de la radio publique France Bleu, mais qu'ils n'en voyaient pas la couleur sur leurs relevés Sacem.
La Sacem a mis l'accent sur la protection des artistes et de leurs oeuvres et sur l'importance du programme type, pierre angulaire du dispositif. Elle a aussi souligner qu'elle souhaitait mieux comprendre le fonctionnement des musiques traditionnelles et soutenir les créateurs issus de celles-ci. Et si les échanges n'ont pas permis de dissiper tous les malentenus, ils ont toutefois permis d'apporter quelques éléments de réponse et de casser l'image d'une Sacem repliée sur elle-même et refusant le dialogue. Nous vous invitons à retrouver l'intégralité des débats de cette soirée disponibles sur internet, sur le site de l'excellente radio herblinoise, associative et indépendante Jet FM.
Pour clore la soirée, tout le monde s'est retrouvé autour d'un verre amical, puis d'un concert acoustique d'un accordéoniste diatonique guérandais invité par Le Nouveau Pavillon : le très jeune et talentueux Stevan Vincendeau, qui pour sa part, n'est pas (encore) sociétaire de la Sacem...
L'équipe du Nouveau Pavillon
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